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Paraguay : Amnesty International demande une réponse à la crise centrée sur les droits

Amnesty International demande aux autorités paraguayennes de protéger les épargnants, les retraités et les salariés touchés par la crise financière et politique ouverte par une procédure de la Banque centrale du Paraguay contre une institution financière. L'organisation réclame aussi des enquêtes indépendantes et se dit préoccupée par des informations selon lesquelles les forces de sécurité auraient utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau contre des manifestants à Asunción.

Photo : Amnesty International

Amnesty International a appelé le 6 novembre 2026 les autorités du Paraguay à protéger les personnes touchées par la crise que traverse le pays, à garantir la transparence et à respecter le droit de manifester pacifiquement. Selon l'organisation, cette crise financière et politique a été déclenchée par l'ouverture, par la Banque centrale du Paraguay (BCP), d'une procédure de résolution visant une institution financière dont le communiqué ne donne pas le nom. Toujours selon Amnesty International, cette décision a provoqué des manifestations et conduit à l'ouverture d'une procédure de destitution contre le président Santiago Peña.1

« Derrière cette crise, il y a des personnes qui ne peuvent pas accéder à leur épargne, des familles confrontées à l'incertitude, et des travailleurs et des retraités dont les droits pourraient être menacés. La réponse de l'État doit placer les personnes au centre, apporter des solutions efficaces et garantir qu'aucun intérêt économique ou politique ne prenne le pas sur leurs droits », a déclaré Ana Piquer, directrice pour les Amériques d'Amnesty International.1

La matière disponible a des limites. Le communiqué d'Amnesty International ne précise ni le nom de l'établissement, ni les motifs de la procédure engagée par la BCP, ni le montant des dépôts en jeu, ni l'état de la procédure de destitution. Les positions du gouvernement, de la Banque centrale et des initiateurs de la procédure contre le chef de l'État n'y figurent pas. Cet article s'en tient donc à ce que publie l'organisation, ce qui signifie que la chronologie de la crise et les arguments des différents camps restent à documenter.1

Épargne, retraites, emplois : les droits que l'organisation juge exposés

Amnesty International détaille les conséquences qu'elle redoute. Ne pas pouvoir accéder à leur épargne pourrait porter atteinte au droit à un niveau de vie suffisant de « milliers de familles » qui comptent sur ces ressources pour couvrir leurs besoins essentiels. La situation des fonds de pension et de retraite liés à l'institution visée menacerait, selon l'organisation, le droit à la sécurité sociale. Elle évoque aussi des conséquences possibles sur les droits des salariés de l'institution et des autres sociétés de son groupe. Pour Amnesty International, la crise ne touche donc pas seulement les déposants : elle concerne aussi les retraités et les salariés d'un ensemble d'entreprises dont le périmètre n'est pas précisé.1

L'organisation rappelle que l'État a l'obligation de veiller à ce que les entreprises concernées fassent preuve de diligence raisonnable, préviennent les atteintes aux droits humains et garantissent des recours effectifs. Elle mentionne des « mesures annoncées » pour rétablir l'accès aux fonds, et demande qu'elles soient rapides, efficaces et accessibles, en particulier pour les personnes les plus vulnérables. Le communiqué ne dit ni en quoi consistent ces mesures, ni qui les a annoncées, ni à quelle échéance. Reste à savoir si elles permettront effectivement de rendre leurs dépôts aux épargnants, ce que la matière ne permet pas de vérifier à ce stade.1

Amnesty International demande aussi aux autorités compétentes de mener des enquêtes indépendantes, impartiales et approfondies. Celles-ci devraient établir les responsabilités des entreprises, de l'administration et des régulateurs, et déterminer si la crise a porté atteinte aux droits humains. Ces responsabilités doivent être établies « indépendamment de la fonction publique ou de l'influence économique », dans le plein respect des garanties d'une procédure régulière. « La confiance du public dans les institutions ne peut pas être rétablie par des explications partielles ou par des réponses qui se contentent de gérer les conséquences d'une crise. Elle se construit par l'accès à l'information publique, un contrôle indépendant, des décisions transparentes et la garantie que d'éventuels manquements feront l'objet d'enquêtes objectives et transparentes et, le cas échéant, de sanctions. Elle exige aussi que les personnes touchées aient accès à des recours effectifs lorsque leurs droits ont été violés », a déclaré Ana Piquer. L'organisation ne désigne aucun responsable. Sa formule sur la fonction publique intervient toutefois alors que, selon le même communiqué, une procédure de destitution vise le président.1

Manifestations à Asunción et comparaison régionale

Amnesty International se dit préoccupée par des informations selon lesquelles les forces de sécurité ont employé des méthodes et des équipements de dispersion des foules, notamment des gaz lacrymogènes et des canons à eau, contre des manifestants à Asunción dans la nuit du 4 novembre. L'organisation parle d'« informations » et non de faits qu'elle aurait elle-même constatés. Elle ne donne ni le nombre de manifestants, ni un bilan, ni la version des forces de sécurité. Elle demande d'enquêter sur les allégations d'usage excessif de la force et rappelle que les autorités doivent protéger le droit de manifester pacifiquement, conformément aux normes internationales des droits humains.1

Ses autres demandes sont les suivantes : la restitution rapide des dépôts, la protection des fonds de pension et de retraite, la protection des droits des travailleurs concernés, l'accès à l'information publique et le renforcement des mécanismes de contrôle et de régulation. Selon l'organisation, la sortie de crise « ne peut pas se mesurer uniquement » à la récupération des ressources financières en jeu. Le Paraguay devrait aussi se doter de cadres de régulation et de prévention capables de prévenir et d'atténuer les atteintes aux droits humains liées aux activités économiques dans le pays, et d'en établir les responsabilités. La position d'Amnesty International va donc plus loin que le remboursement des épargnants : elle porte aussi sur le contrôle du secteur financier.1

Pour situer le pays, InSight Crime, centre de recherche basé en Colombie, écrit dans sa fiche consacrée au Paraguay que celui-ci a connu une « relative stabilité » depuis sa transition démocratique au début des années 1990. La même fiche décrit une corruption « endémique et généralisée » dont profiterait le crime organisé. Ce document traite du crime organisé et ne mentionne pas la crise bancaire actuelle. Il ne permet donc de tirer aucune conclusion sur les causes de la procédure engagée par la BCP.2

Le même jour, un autre dossier régional pose aussi la question des responsabilités de l'État face aux activités économiques. Selon Mongabay, la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) a annoncé le 28 octobre avoir saisi la Cour interaméricaine des droits de l'homme d'une affaire qui concerne 14 communautés maya q'eqchi' de l'Alta Verapaz, au Guatemala. Ces communautés ont été expulsées de leurs terres pour laisser place à des plantations de canne à sucre. La saisine, déposée le 17 septembre, demande que l'État soit tenu pour responsable et verse des réparations. Les deux situations sont très différentes, et rien dans la matière n'indique que la crise paraguayenne doive être portée devant les instances interaméricaines. Elles ont seulement en commun d'invoquer l'obligation de l'État d'encadrer les entreprises et de garantir des recours aux personnes touchées.4

La suite dépendrait de plusieurs éléments que la matière ne documente pas encore : la mise en œuvre des mesures annoncées pour rétablir l'accès aux fonds, l'ouverture éventuelle des enquêtes indépendantes que réclame Amnesty International, les réponses des autorités sur les événements du 4 novembre à Asunción et l'issue de la procédure de destitution contre Santiago Peña. Les réponses des autorités paraguayennes aux demandes de l'organisation ne figurent pas dans la matière à ce stade.1

ParaguayBanque centrale du ParaguaySantiago PeñaAmnesty Internationaldroits humainsdroit de manifester

Sources

  1. Paraguay: Institutional crisis demands a human rights-centred responseAmnesty International · International · 6 novembre 2026
  2. ParaguayInSight Crime · Colombie · 6 novembre 2026
  3. UN demands Houthis return body of human rights office worker who died in their custodyArab News · Arabie saoudite · 6 novembre 2026 · contexte
  4. Guatemala faces a human rights court over violent evictions of Indigenous communitiesMongabay · États-Unis · 6 novembre 2026 · contexte
  5. Venezuela and UNICEF cooperate to favor children and teenagersPrensa Latina · Cuba · 6 novembre 2026 · contexte

Cet article a été rédigé à partir des sources ci-dessus, et d'elles seules. Les chiffres et citations leur sont attribués par les appels de note.

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