Irlande : des médias visés par des alertes à la bombe avant le sommet de la CPE à Dublin
Quatre grands médias irlandais ont reçu vendredi le même courriel, qui affirmait que des bombes avaient été déposées dans leurs locaux. La police n'a trouvé aucun engin suspect, et le gouvernement irlandais y voit probablement une campagne coordonnée, liée aux menaces qui visent depuis plusieurs jours des vols dans toute l'Europe.

Vendredi 6 novembre au matin, les rédactions du radiodiffuseur public irlandais RTÉ, de Virgin Media TV, du quotidien Irish Independent et de la radio Newstalk ont reçu des courriels rédigés à l'identique. Ils affirmaient que des bombes avaient été laissées dans leurs locaux, rapporte Politico Europe. Trois rédactions ont été évacuées, ce qui a perturbé les programmes de RTÉ et de Newstalk. Chez Virgin Media TV, les équipes ont maintenu la diffusion. La police a confirmé n'avoir trouvé aucun engin suspect.1
Un fonctionnaire du gouvernement irlandais a déclaré à Politico Europe que ces menaces étaient « presque certainement » liées au sommet de la Communauté politique européenne (CPE), qui se tiendra jeudi prochain à Dublin. Il s'est exprimé sous couvert d'anonymat pour parler librement des menaces de vendredi : « Nous nous attendions à une hausse des menaces hybrides visant l'Irlande parce que nous assurons la présidence de l'UE, et la réunion de la CPE sera de loin le plus grand événement de cette présidence. Il faut donc présumer que ce n'est pas une coïncidence si nous connaissons maintenant ce pic d'activité hybride. »1
Dans un communiqué, le gouvernement irlandais reste prudent sur l'origine des menaces : « On ne sait pas encore qui est responsable de ces menaces, s'il s'agit d'individus ou d'un effort centralisé ou coordonné. Toutefois, ces menaces surviennent dans le sillage des perturbations que connaît l'aviation en Europe à cause de menaces similaires, et il semble probable qu'il s'agisse d'une campagne coordonnée de perturbation. » La position officielle distingue donc une probabilité d'une attribution : à ce stade, aucun auteur n'est identifié. The Local Sweden note également que les autorités n'ont pas encore confirmé qui se trouve derrière les fausses alertes visant le transport aérien cette semaine.13
Des dizaines de vols visés dans toute l'Europe
Selon le gouvernement irlandais, les menaces contre les médias s'inscrivent probablement dans une série qui touche toute l'Europe et a visé cette semaine des dizaines de compagnies aériennes, dont les irlandaises Ryanair et Aer Lingus. Politico Europe compte au moins 18 vols européens visés par des menaces à la bombe vendredi, après au moins 22 la veille. Des pirates informatiques ont aussi attaqué les systèmes de réfrigération de supermarchés dans au moins sept pays européens. The Hindu précise que ces menaces ont obligé les autorités à dérouter certains avions ou à faire escorter des appareils civils par des avions de chasse.12
Les chiffres publiés vendredi viennent de plusieurs pays. L'aéroport de Prague a recensé neuf vols visés dans la seule journée. La France a signalé quatre autres menaces contre des avions qui survolaient son territoire. Le gouvernement bulgare a indiqué à l'AFP que deux vols à destination de Sofia avaient été visés. En Hongrie, des avions de chasse ont décollé « en réponse à des menaces à la bombe concernant trois avions civils de passagers », a déclaré le ministre de la Défense, Romulusz Ruszin-Szendi.1
Interrogé vendredi par la télévision publique espagnole TVE, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a estimé que les menaces visant les vols pourraient constituer « une tentative d'agression hybride et de guerre, d'une certaine manière psychologique ». Il a ajouté qu'« il ne peut pas s'agir d'une coïncidence que tant d'événements identiques se produisent avec le même mode opératoire dans toute l'Europe ». Luis Gallego, directeur général du groupe aérien IAG, a déclaré : « Il est clair que ce qu'ils [les auteurs] cherchent, c'est à créer le chaos et des perturbations dans les différents aéroports. »1
Même fausses, ces alertes ont un coût concret pour les équipages et les passagers. Paul Reuter, commandant de bord et vice-président de l'European Cockpit Association, l'explique : « Aussi faible que soit la possibilité réelle qu'il y ait une bombe à bord après un appel, nous la traiterons comme s'il y avait une bombe à bord. » Chaque message anonyme peut donc entraîner une évacuation, un déroutement ou une escorte militaire, ce qui correspond à l'effet de perturbation décrit par Luis Gallego. La situation diffère de celle rapportée par Mint le 16 octobre : en Arabie saoudite, des vols venus d'Inde, des Émirats arabes unis, du Japon et des États-Unis avaient été annulés après des attaques réelles des rebelles houthis du Yémen contre des aéroports, des avions et des infrastructures civiles. En Europe, aucun engin n'a été trouvé, selon les éléments publiés.125
Un sommet de 47 pays sous haute sécurité
Le fonctionnaire irlandais a déclaré à Politico Europe que la hausse soudaine des perturbations anonymes, contre des compagnies aériennes, des supermarchés et désormais des médias, semblait calculée pour accroître les tensions avant le sommet. Créée en 2022 après l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, la CPE réunit les dirigeants de 47 pays et des représentants de plusieurs organisations, dont l'OTAN, pour discuter de questions stratégiques. Le Premier ministre canadien, Mark Carney, doit aussi y participer.1
Ce responsable irlandais a refusé de désigner la Russie comme auteur probable. Il a cependant rappelé que des partenaires de l'UE avaient déjà établi de tels liens par le passé. Il a cité le Danemark, qui avait connu une vague similaire d'attaques dites hybrides avant d'accueillir la CPE en 2025. Le précédent danois et le calendrier des menaces actuelles fondent la lecture du gouvernement irlandais. Reste à savoir si les enquêtes permettront de passer de cette présomption à une attribution établie.1
Le sujet dépasse l'Irlande. D'après Defense News, le commandement américain en Europe (EUCOM) a lancé cette semaine une campagne de vigilance intitulée « See Something, Do Something ». Elle demande aux militaires, à leurs familles et aux employés civils de signaler tout « comportement inhabituel ou objet abandonné » et de limiter leurs traces numériques lors de leurs déplacements en Europe. Ce lancement intervient sur fond d'inquiétude accrue face aux intrusions de drones et à d'autres menaces hybrides contre les forces américaines et alliées. Les menaces de Dublin s'ajoutent donc à une série de mesures de précaution prises par d'autres acteurs sur le continent.4
À Dublin, le surintendant de la police irlandaise Liam Geraghty a déclaré que l'événement représentait un défi de sécurité plus difficile encore que la visite d'un président américain : « Nous n'avons jamais vu en Irlande une opération de police et de sécurité de cette ampleur. » D'ici jeudi, de nouvelles alertes visant des médias, des vols ou d'autres cibles pourraient encore peser sur les forces mobilisées. Reste à savoir si elles auront une incidence sur le déroulement du sommet.1
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Sources
- Wave of bomb threats target Irish media outlets and more European flightsPolitico Europe · Belgique · 6 novembre 2026
- Europe bomb threats 'likely co-ordinated campaign': Irish governmentThe Hindu — international · Inde · 6 novembre 2026
- Who is behind the bomb hoaxes hitting flights across Europe?The Local Sweden · Suède · 6 novembre 2026 · contexte
- US European Command launches vigilance campaign as hybrid threats mountDefense News · États-Unis · 6 novembre 2026 · contexte
- Saudi Arabia flight suspension: Full list of Indian, Dubai, UAE, Qatar, US, Japan and European flights cancelledMint · Inde · 16 octobre 2026 · contexte
Cet article a été rédigé à partir des sources ci-dessus, et d'elles seules. Les chiffres et citations leur sont attribués par les appels de note.


